Le faux débat
Beaucoup d’entreprises tranchent sur l’idéologie : « on est plutôt SaaS » ou « on veut tout maîtriser donc on développe ». Ce n’est pas une décision de principe, c’est une décision de critères.
Voici la méthode pour trancher objectivement, avec une grille à 6 dimensions et des seuils chiffrés.
Étape 1 : Listez les fonctionnalités essentielles (15 minutes)
Avant tout : listez les 5 à 10 fonctionnalités dont vous avez vraiment besoin pour digitaliser votre process. Pas plus.
Exemple pour une PME industrielle qui veut digitaliser son suivi production :
- Création d’ordres de fabrication.
- Suivi temps réel par poste.
- Saisie de production par opérateur (interface tactile).
- Tableau de bord supérieur hiérarchique.
- Export comptabilité et facturation.
- Notifications retards.
Tout ce qui n’est pas dans cette liste : à mettre de côté pour la V2.
Étape 2 : Cherchez 3 SaaS qui couvrent ces fonctionnalités (1 jour)
Recherche Google + G2 + Capterra + recommandations sectorielles. Visez 3 SaaS qui semblent couvrir vos besoins essentiels.
Pour chaque, faites une démo (gratuite, 30-60 minutes) et testez le free trial sur 5 cas réels issus de votre activité.
Étape 3 : Évaluez sur la grille à 6 dimensions
Dimension 1 : Couverture fonctionnelle (poids 30 %)
Le SaaS couvre-t-il toutes vos fonctionnalités essentielles ?
- 100 % : Buy gagne.
- 80-99 % : à voir si les 1-2 manquantes sont contournables ou bloquantes.
- < 80 % : Build devient sérieusement candidat.
Piège : ne pas accepter de « contourner » les fonctionnalités manquantes par des Excel parallèles. C’est ce qui ruine les projets SaaS à 12 mois.
Dimension 2 : Coût total sur 5 ans (poids 25 %)
Calculez sérieusement :
SaaS : prix mensuel × 12 mois × 5 ans × nombre d’utilisateurs prévus à terme. Ajoutez les modules à la carte (souvent oubliés).
Build : coût initial + 20 %/an de maintenance/évolutions + hébergement.
Exemple chiffré :
- SaaS à 60 €/utilisateur/mois × 30 utilisateurs × 60 mois = 108 000 € sur 5 ans.
- Build à 80 000 € initial + 16 000 €/an × 5 = 160 000 € sur 5 ans.
À première vue, SaaS gagne. Mais voir dimension suivante.
Dimension 3 : Spécificité de votre process (poids 20 %)
Plus votre process est unique, plus le Build devient pertinent.
- Process standard (gestion projets, CRM, comptabilité de base) → SaaS adapté.
- Process différenciant (votre méthode est ce qui vous fait gagner sur le marché) → Build pour ne pas perdre votre avantage.
- Process réglementaire spécifique (santé, finance, secteur très contraint) → Build souvent nécessaire pour passer les audits.
Dimension 4 : Évolution du besoin sur 3-5 ans (poids 10 %)
Votre process actuel ressemblera-t-il à ce qu’il sera dans 3 ans ?
- Stable → SaaS adapté, vous bénéficiez des évolutions du produit.
- En forte mutation → Build offre la flexibilité d’évoluer avec vous.
Dimension 5 : Données stratégiques (poids 10 %)
Les données générées par cet outil sont-elles un actif stratégique pour vous ?
- Non (gestion de RH, gestion de tickets) → SaaS OK.
- Oui (données opérationnelles uniques, données clients prédictives) → Build pour garder propriété et exploitation.
Dimension 6 : Capacité interne (poids 5 %)
Avez-vous les compétences pour exploiter un Build sur la durée ?
- Équipe tech interne (au moins 1 personne dédiée) → Build viable.
- Aucune compétence tech → SaaS plus sûr, ou Build avec contrat de maintenance solide.
Étape 4 : Calculez le score
Notez chaque SaaS testé et le scénario Build sur les 6 dimensions (note de 0 à 10), pondérez, comparez.
Règle : si un SaaS dépasse Build de plus de 10 points sur 100, partez en SaaS. Sinon, le Build mérite d’être étudié sérieusement.
L’option hybride (souvent la meilleure)
Dans 50 % des cas qu’on cadre, la meilleure réponse est ni Build ni Buy seul, mais un hybride :
Pattern 1 : SaaS générique + module sur-mesure
Vous prenez un SaaS pour la base (gestion projet, CRM, etc.) et vous développez un module sur-mesure pour la partie différenciante de votre process. Coût modéré, flexibilité maximale.
Exemple : utiliser Pipedrive pour le CRM standard + un module sur-mesure pour le pricing dynamique de vos devis.
Pattern 2 : Outil interne sur-mesure + intégrations SaaS
Vous développez votre cœur métier en sur-mesure et vous intégrez des SaaS pour les fonctions support (paiement, email transactionnel, observabilité, authentification).
Exemple : SaaS de logistique sur-mesure + Stripe pour les paiements + Auth0 pour l’authentification.
Pattern 3 : MVP sur-mesure léger + migration future
Si vous êtes early-stage, partez sur un MVP sur-mesure léger (40-60 k€) qui valide votre process. Selon les retours, vous décidez ensuite : continuer en sur-mesure, migrer vers un SaaS, ou rester hybride.
Les pièges classiques
Piège 1 : Choisir un SaaS « parce que c’est rapide »
C’est rapide à installer, oui. C’est lent à adopter en interne (3-6 mois pour les équipes), et c’est très rapide à abandonner si ça ne convient pas. Beaucoup de SaaS sont jetés en 12 mois.
Piège 2 : Choisir Build « pour tout maîtriser »
La maîtrise sans capacité d’exécution est un mirage. Si vous n’avez personne en interne pour faire vivre l’outil, vous devenez dépendant d’un prestataire. La maîtrise théorique vaut zéro.
Piège 3 : Faire un Build qui imite un SaaS
Si vous développez un outil qui fait exactement ce qu’un SaaS du marché fait, vous payez 5 fois plus cher pour aboutir au même résultat. Le Build a du sens uniquement si vous différenciez sur quelque chose de spécifique.
Piège 4 : Cumuler 12 SaaS sans intégration
Vous prenez un SaaS pour les ventes, un pour le support, un pour la facturation, un pour la production, un pour les RH. Au bout de 18 mois, vos équipes passent 30 % de leur temps à copier-coller entre 12 outils. La fragmentation tue plus que le mauvais outil.
Notre recommandation
Avant de chercher un prestataire pour Build, consultez sérieusement 3 SaaS sur votre besoin précis. Pareil avant d’acheter un SaaS : estimez le coût réel d’un Build adapté. Sans ces deux benchmarks, votre décision est partielle.
Si vous voulez un cadrage objectif de votre cas (Build, Buy, ou hybride) avec une grille appliquée, on prend une heure ensemble — sans engagement.